Peut-on gérer la douleur sans médicament ?

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La dépendance aux opioïdes s’est cristallisée dans le scandale des opioïdes, qui a éclaté aux Etats-Unis en 2019. 300 000 personnes seraient décédées en vingt ans à la suite d’une addiction aux opiacés, des antidouleurs « forts ». Pourtant, les médicaments ne constituent pas la seule réponse à douleur. Des techniques non médicamenteuses de prise en charge de la douleur existent.
Quelles sont -elles ? Existe-il des risques à calmer la douleur sans médicament ?

Apprivoiser la douleur sans médicament

On entend par techniques non médicamenteuses les traitements réalisés par des professionnels de santé qualifiés telles que :
-les traitements physiques (massages, kinésithérapie, physiothérapie…),
-les méthodes psycho-corporelles ou comportementales (hypnose, relaxation, sophrologie).

Les professionnels et les usagers les considèrent comme efficaces.
De plus en plus d’établissements de soins les associent aux traitements classiques. Elles ne les remplacent pas, mais permettent parfois de diminuer le dosage des médicaments antalgiques et/ou leurs effets secondaires.

L’expérience des usagers révèle qu’elles apportent une aide au quotidien pour soulager le corps, se détendre moralement, faire une pause pour reprendre des forces ou mieux contrôler certaines douleurs.

Les différents types de techniques non médicamenteuses

Certaines méthodes nécessitent une aide, d’autres peuvent être pratiquées en autonomie. Elles impliquent souvent le corps et « la tête ». Ce sont :

  • Les manipulations physiques et les exercices de rééducation
  • La rééducation par la kinésithérapie, l’ostéopathie, la chiropraxie, la vertébrothérapie (tractions, manipulations…), etc.
  • Le massage antalgique et le toucher thérapeutique
  • La mésothérapie
  • Les méthodes psycho-corporelles liées à une activité physique (gymnastique douce, méthode Feldenkrais, Yoga, Tai Chi Chuan, Qi Gong, etc.).

•Les méthodes de physiothérapie : cryothérapie (le froid), thermothérapie (le chaud), vibrothérapie (ultrasons, ondes de choc), électrothérapie (neurostimulation électrique transcutanée -TENS), acupuncture et électroacupuncture, réflexothérapie

•Les techniques cognitives et comportementales : relaxation, sophrologie, hypnose, imagerie guidée, biofeedback, distraction (dessin, livre, musique, chant, vidéo, etc.), méthodes de coping

•Les aides techniques au positionnement, à la mobilisation, au transfert

Des risques existent

La plupart de ces méthodes sont sans grand danger. Néanmoins, elles exposent parfois à des risques d’effets indésirables mineurs. Par exemple, les manipulations ostéopathiques engendrent dans 50% des cas raideurs et douleurs musculaires, augmentation de la douleur, de la fatigue ou engendre une faiblesse (1).

A contrario, pour certaines techniques, comme les manipulations vertébrales, des effets secondaires graves existent :

  • syndrome de la queue de cheval (compression des racines nerveuses situées dans le bas du dos),
  • hernie discale lombaire,
  • fractures,
  • hématome,
  • accident vasculaire cérébral
  • décès 

Ces risques sont heureusement extrêmement faibles. Ils arrivent une fois sur 20 000 à une fois sur 250 000 000 selon les études sur le sujet (1).

Avant de vous orienter vers ces pratiques, une consultation médicale s’impose. Une lésion vertébrale cancéreuse doit par exemple, faire contre indiquer toute manipulation de la colonne vertébrale.

Intérêt des techniques non médicamenteuses

Ces pratiques présentent plusieurs intérêts :

  • Elles ont peu de contre-indications (mais elles en ont, comme nous l’avons vu précédemment)
  • Elles sont une alternative ou un complément efficace aux traitements médicamenteux, notamment en cas de douleur chronique.
  • Elles tendent à améliorer notre humeur, réduire l’anxiété, augmenter notre sentiment de contrôle, relaxer, nos muscles, améliorer la qualité de notre sommeil et notre qualité de vie en général.
  • Certaines sont très simples à mettre en œuvre.
  • Leur diversité nous permet de faire un choix en fonction de notre traitement, voire une appropriation pour certaines techniques (relaxation, électrothérapie, etc.).
  • Certaines ne sont pas remboursées par la sécurité sociale. Leur mise en œuvre exige donc un plus grand engagement personnel de notre part.

Quelles méthodes pour quelles douleurs ?

Douleurs neuropathiques chroniques

La neurostimulation transcutanée est efficace sur la douleur neuropathique périphérique (douleurs résultant de lésions d’un nerf), notamment les neuropathies diabétiques (qui correspondent à un dysfonctionnement des nerfs résultant d’un déséquilibre prolongé du diabète) et les lésions nerveuses survenant après un accident traumatique.
La psychothérapie, et en particulier la thérapie cognitivo-comportementale, peut être proposée pour la prise en charge de la douleur neuropathique chronique en cas d’anxiété ou de dépression associée. Enfin, il existe une présomption d’efficacité de l’acupuncture dans la douleur qui résulte du zona (2).

Migraines

La relaxation, le biofeedback et les thérapies cognitives et comportementales de gestion du stress ont fait preuve d’efficacité et peuvent être recommandées dans la prise en charge des migraines (3).

Douleurs provoquées par les soins

En ce qui concerne la prise en charge des douleurs provoquées lors des gestes thérapeutiques (tels que les ponctions sanguines, lombaires ou osseuses) chez l’adulte et l’enfant atteints de cancer, les techniques non pharmacologiques doivent être encouragées en complément des médicaments. Ce sont par exemple les techniques de distraction, de relaxation, d’imagerie mentale ou d’hypnose (4).

Lombalgie commune

L’exercice physique est le traitement principal permettant une évolution favorable des maux de dos. La sophrologie, la relaxation, la « méditation pleine conscience » ou l’hypnose peuvent être combinées et apporter un plus au sein de cette prise en charge active. Il est possible d’envisager le port d’une ceinture lombaire ou d’un corset sur une courte durée pour aider à la reprise d’activités bien qu’ils n’aient pas démontré d’efficacité sur l’évolution de la lombalgie (5).

Fibromyalgie

Dans la prise en charge de la fibromyalgie, maladie caractérisée entre autres par des douleurs chroniques, une fatigue injustifiée et des troubles du sommeil, l’EULAR recommande des traitements non pharmacologiques seuls ou en association : programme individualisé d’exercice, thérapies cognitives et comportementales, relaxation, rééducation fonctionnelle, kinésithérapie, soutien psychologique et social, etc. Les recommandations américaines mettent l’accent sur la thérapie cognitivo-comportementale les exercices physiques aérobies adaptés. D’autres thérapeutiques sont proposées pour soulager la douleur comme l’hypnose clinique et le biofeedback, l’acupuncture, la manipulation chiropratique, le massage thérapeutique et la balnéothérapie (6).

Douleur de la personne âgée

Chez la personne âgée non communicante, seules les techniques non médicamenteuses passives peuvent être utilisées, à savoir massages, mobilisations passives, postures et physiothérapie (8). Bien que n’étant que rarement de véritables alternatives aux antalgiques médicamenteux, ces méthodes ont des effets bénéfiques non seulement sur la douleur, mais également sur le bien-être moral et sur la qualité de vie.

En bref

Apprivoiser la douleur sans médicament n’est pas le premier réflexe que nous avons. A contrario, c’est davantage le réflexe médicamenteux qui prime lorsque la douleur apparaît, par méconnaissance certainement, des méthodes non pharmacologiques pouvant nous soulager. Elles peuvent pourtant intervenir en premier intention, pour soulager et éviter que la douleur s’installe.
Ces méthodes peuvent aussi être des compléments thérapeutiques pertinents pour apprivoiser les douleurs chroniques. L’hypnose a par exemple montré son efficacité pour soulager les douleurs abdominales récurrentes ou encore pour les personnes atteintes de cancer.


Ressources Bibliographiques :


1. Smith MS, Olivas J, Smith K. Manipulative Therapies: What Works. Am Fam Physician. 15 févr 2019;99(4):248‑52.
2. Martinez V, Attal N, Bouhassira D, Lantéri-Minet M. Les douleurs neuropathiques chroniques : diagnostic, évaluation et traitement en médecine ambulatoire. Recommandations pour la pratique clinique de la Société française d’étude et de traitement de la douleur. Douleurs Eval – Diagn – Trait. févr 2010;11(1):3‑21.
3. Lanteri-Minet M, Valade D, Géraud G, Lucas C, Donnet A. Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l’adulte et chez l’enfant. Rev Neurol (Paris). janv 2013;169(1):14‑29.
4. sordpsplaquette.pdf [Internet]. [cité 13 févr 2020]. Disponible sur: https://www.sfetd-douleur.org/wp-content/uploads/2019/06/sordpsplaquette.pdf
5. fm_lombalgie_v2_2.pdf [Internet]. [cité 13 févr 2020]. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2019-04/fm_lombalgie_v2_2.pdf
6. syndrome_fibromyalgique_de_ladulte_-_rapport_dorientation1.pdf [Internet]. [cité 13 févr 2020]. Disponible sur: https://www.sfetd-douleur.org/wp-content/uploads/2019/06/syndrome_fibromyalgique_de_ladulte_-_rapport_dorientation1.pdf
7. Vivien B, Adnet F, Bounes V, Chéron G, Combes X, David J-S, et al. Sédation et analgésie en structure d’urgence (réactualisation de la Conférence d’experts de la Sfar of 1999). Ann Fr Anesth Réanimation. déc 2010;29(12):934‑49.
8. Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé (ANAES). Acta Endosc. avr 1998;28(2):151‑5.


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