Sylvothérapie : pourquoi c’est bon pour notre santé ?

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Sylvothérapie, «Shinrin Yoku» au Japon, «thérapies forestières», «forêt thérapie» ou encore «bains de forêt» : la forêt apparaît de plus en plus comme un lieu anti-stress incontournable. Si passer du temps dans la nature semble, selon de nombreuses études scientifiques, améliorer notre bien-être et notre santé, quels sont les bénéfices que nous pouvons en retirer pour santé ? Quels en sont les mécanismes et comment l’intégrer à notre de vie ?  Suivez-nous en ballade !

La sylvothérapie ou shinrin-yoku

Le Shirin-yoku nous vient du Japon. C’est une randonnée de « bain de forêt » une expérience de la nature en pleine forêt de courte durée et à une allure tranquille.

Pour faire un bain de forêt, il faut se rendre en forêt dans un objectif de détente et de loisir tout en respirant des substances volatiles organiques nommées phytoncides comme l’α-pinène et le limonène provenant des arbres.

C’est en 1982 que, pour la première fois, l’Agence forestière du Japon a proposé d’intégrer les bains de forêt dans les préconisations d’une bonne hygiène de vie. Désormais c’est devenu au Japon un mode de relaxation reconnu ou de gestion du stress.

Des bénéfices santé de la sylvothérapie déjà observés par nos ancêtres 

Depuis longtemps, les êtres humains apprécient les milieux forestiers grâce à l’atmosphère tranquille qui y règne, la beauté des paysages, le climat clément, les odeurs agréables et l’air frais et pur. L’environnent forestier a depuis toujours servi à l’élaboration de programmes thérapeutiques.  Ainsi, ce que l’on appelait autrefois les cures sylvatiques, consistait en de longues promenades dans les forêts de pins et étaient proposées aux tuberculeux du XIXe et du XXe siècle.  

La science s’empare du sujet

Ce n’est que récemment que les chercheurs s’emparent du sujet. Au Japon, on tente de déterminer l’effet préventif des forêts depuis 2004, avec une série d’études menées afin d’étudier les effets des milieux forestiers sur la santé humaine et notamment sur les maladies liées au mode de vie.
Cela a permis à des chercheurs australiens d’évaluer en 2017, à travers une revue de la littérature scientifique rigoureuse, les bénéfices physiques et psychologiques des « bains de forêt ».
La méthode est simple : trouver le maximum de publications scientifiques et ne garder que les études les plus correctes sur le plan méthodologique. Au final, six articles sont conservés pour être analysés. Il s’agit d’essais randomisés contrôlés, le gold standard pour connaître les bénéfices et les risques intrinsèques de thérapies, qu’elles soient médicamenteuses ou non. Même si les données nécessitent d’être confirmées par des études plus larges et encore plus rigoureuses, des bénéfices parfois observés par nos ancêtres sont confirmés par la méthode scientifique. Hypertension artérielle, fonction cardiaque et pulmonaire, système immunitaire, inflammation, stress oxydant, stress psychologique, anxiété, dépression et réponse émotionnelle : voici les problématiques et conditions de santé qui donnent les résultats les plus significatifs. 

Les bénéfices santé en détail

Une réduction de la pression artérielle 

Une étude menée chez 24 participants souffrant d’hypertension artérielle a montré que dans un environnement forestier, celle-ci baisse comparé à un groupe d’intervention urbain.

Une autre étude a évalué l’effet de la marche en forêt, cette fois-ci sur 70 femmes âgées. Elle a rapporté que le groupe d’intervention forestière réduisait la pression artérielle, ce qui n’était pas le cas dans un groupe de marche en ville. 

Un système immunitaire plus efficace 

Se balader en forêt pourrait aussi renforcer notre système immunitaire.
En effet, selon une étude, il a été observé qu’une journée passée dans un environnement forestier entraîne une diminution significative de l’expression de certaines cellules de l’immunité telles que les cellules natural killer (cellules NK) alors qu’aucune différence n’a été détectée dans le groupe de marche en ville.

Une réduction de l’inflammation  

Trois études ont rapporté des changements favorables de molécules pro-inflammatoires dans le groupe d’intervention forestière (patients souffrant d’hypertension artérielle, jeunes étudiants universitaires, patients atteints de BPCO (une maladie respiratoire souvent liée aux effets néfastes du tabagisme) comparé à une intervention urbaine. 

Une barrière renforcée contre les radicaux libres  

La sylvothérapie agit également sur le stress oxydatif (agression des cellules par des radicaux libres). Une étude a notamment évalué ses effets antioxydants chez des jeunes étudiants. Ceux qui ont bénéficié de l’intervention forestière ont montré des niveaux de stress oxydatifs beaucoup moins élevés que ceux du groupe urbain. Ce qui signifie concrètement, une meilleure lutte contre les radicaux libres, potentiellement responsables du vieillissement des cellules, entre autres. 

Une amélioration des fonctions cardiaque et pulmonaire   

Selon une autre étude, la marche en forêt a montré ses effets bénéfiques sur la rigidité des artères et la fonction respiratoire chez les femmes âgées par rapport à un groupe de marche en milieu urbain. 

Une réduction significative du stress     

Faire baisser le stress est un autre atout de la sylvothérapie. Et pour cause, cette pratique permet de réguler le taux de cortisol sanguin, une hormone du stress.
De plus, l’activité du lobe préfrontal du cerveau est plus faible comme l’ont montré des chercheurs, signe d’un état de relaxation avancé.
Enfin on a constaté que les bains de forêt peuvent être d’une aide significative en cas de stress liés à l’épuisement. Une étude rapporte que les niveaux de stress de femmes diagnostiquées avec un trouble d’épuisement a été réduit après une période d’intervention en forêt de 3 mois.

Une réduction de l’anxiété et de la dépression      

Une étude impliquant des personnes alcooliques a rapporté une amélioration significative de la dépression pour le groupe d’intervention forestière par rapport au groupe témoin de soins habituels.

En revanche, l’étude qui a évalué l’intérêt d’une intervention forestière de 3 mois sur les femmes ayant reçu un diagnostic de trouble d’épuisement n’a pas rapporté d’amélioration plus importante sur la dépression et l’anxiété qu’un groupe sur liste d’attente.  

Une amélioration de l’humeur       

Chez des personnes hypertendues ou chez les personnes atteintes de BPCO, la pratique de la sylvothérapie a réduit la tension, l’anxiété, la dépression, la colère, l’hostilité, la fatigue, la confusion et la vigueur. Ce type d’intervention améliore en outre le sentiment de sécurité et de calme. Même constat chez des étudiants universitaires en bonne santé.

Pourquoi la sylvothérapie est efficace ?

Une publication scientifique produite par des chercheurs chinois en décembre 2019 évoque les mécanismes susceptibles d’être à l’origine de ces bénéfices santé. Parmi eux, les Phytoncides, ions négatifs, microclimat, soleil, sons et paysages et environnement propice à un mode de vie actif et social. Les facteurs protecteurs semblent autant physiques et chimiques que socio-comportementaux.  

Les phytoncides 

Le cèdre en orient, le pin en Europe ou le sapin baumier en Amérique du Nord, ont depuis longtemps la réputation d’être bons pour la santé lorqu’on en respire les effluves. Les phytoncides (ou aérosols forestiers) sont généralement antioxydants antiseptiques et immuno-stimunants. C’est le cas des terpènes, molécules qui constituent la plus grande classe de composés organiques produits par diverses plantes et qu’on retrouve en phyto-aromathérapie.

Dans des études animales, les phytoncides améliorent le sommeil et réduisent l’anxiété. Compte tenu de leurs propriétés antimicrobiennes, les phytoncides peuvent également influencer le microbiote nasal, cutané et peut-être intestinal. Or on sait aujourd’hui que les microbiotes malsains (dysbioses) ou appauvris sont impliqués dans de nombreuses maladies.  

La qualité de l’air 

Certaines grandes plantes vertes se sont montrées très efficaces en laboratoire pour adsorber ou décomposer les polluants urbains. La rosée, les mousses et les lichens fixent rapidement et efficacement les aérosols et les particules en suspension dans l’air forestier. Outre une moindre présence des particules polluantes, les microorganismes pathogènes y seraient également bien moins présents.

Georges Plaisance, ingénieur en chef et colonel des Eaux et Forêts, spécialiste de la forêt, auteur de nombreux ouvrages et articles entre 1960 et 1980 a comparé l’air forestier avec l’air urbain. L’air forestier contiendrait bien moins de microbes que l’air urbain (50 microbes par mètre cube d’air en forêt littorale, contre 1 000 dans le parc Montsouris de Paris, 88 000 sur les Champs-Élysées, 575 000 sur les grands boulevards et 4 000 000 dans les grands magasins. Il faut toutefois noter que les spores de champignons peuvent cependant être nombreux dans les parties ombragées et humides riches en matières en décomposition. Quelques-uns peuvent être des allergènes. 

Les ions négatifs de l’air 

Les ions négatifs de l’air auraient pour effet d’augmenter l’activité du système nerveux parasympathique, une fonction de l’organisme qui permet son ralentissement pour conserver l’énergie de notre organisme. Cela permettrait de soulager la dépression et d’abaisser la glycémie. Les ions négatifs de l’air seraient par exemple générés par les plantes, les forces de cisaillement de l’eau, la lumière du soleil, les rayons rayonnants atmosphériques ou cosmiques. Des effets biologiques ont été constatés tels qu’une baisse de la dopamine ou une activation des cellules NK (cellules tueuses naturelles). 

Le microclimat forestier et l’ensoleillement 

Le microclimat forestier améliore le confort thermique humain et réduit le stress thermique. En fonction des conditions météorologiques, de l’emplacement géographique, de la couverture de la canopée et de l’heure de la journée, passer du temps dans les espaces verts est susceptible d’entraîner également une exposition au soleil. Outre la production de vitamine D, l’exposition au soleil conduit également à la production de toutes une série de molécules : bêta-endorphine (un peptide opioïde endogène), mélatonine, oxyde nitrique (un vasodilatateur), monoxyde de carbone, hémoglobine et à des modifications du microbiome. En outre, l’exposition au soleil conduit à une amélioration du sommeil, notamment pour les personnes souffrant de douleurs chroniques. 

Les sons et paysages naturels  

Il a été démontré que l’écoute de sons naturels agréables réduit la douleur (par exemple lors d’une césarienne, lors d’une ventilation mécanique ou d’un acte médical invasif). Il a également été rapporté que l’écoute de sons de la nature améliore le sommeil tandis qu’une expérience de nature virtuelle réduit le stress. Des chercheurs ont par ailleurs démontré des différences dans l’effet de la visualisation d’un éventail de paysages naturels sur la sensation de douleur expérimentale. 

L’environnement propice à l’activité physique et à l’intégration sociale  

Se promener dans des espaces verts faciliterait la pratique de l’activité physique. Or, l’activité physique procure de nombreux bénéfices tant en termes de santé que de bien-être. Elle réduit par exemple l’inflammation et le stress. Elle améliore le sommeil, la santé mentale et elle modifie le microbiome humain.

En ce qui concerne l’intégration sociale, bien que celle-ci ne soit pas spécifique, se balader dans des espaces verts est associé à une gamme d’avantages sociaux et a été identifié comme un facilitateur de l’intégration et de la cohésion sociales. Or de faibles niveaux de soutien social sont par exemple associés à un risque plus élevé de douleur chronique. Au contraire, des niveaux plus élevés de soutien social et d’intégration sont associés à des niveaux inférieurs d’inflammation, à un meilleur sommeil et à une meilleure santé mentale.

Pratiquer la sylvothérapie en toute sécurité

Certains médecins mettent même en garde la population sur le risque d’exposition à des vecteurs de maladie infectieuse comme la maladie de Lyme. Cependant, les résultats d’études présentent un faible risque d’effets indésirables et la recommandation d’aller profiter des espaces forestiers augmente probablement le niveau d’activités de plein air.

Des précautions sont cependant de rigueur : vêtements protecteurs longs et fermés (pantalons, chemises à manches longues, chapeaux), clairs pour pouvoir repérer les éventuelles tiques, inspection minutieuse de la peau au retour à domicile, en particulier au niveau des aisselles, de la région génitale, de l’aine, du creux poplité (genoux) sans oublier la tête et la nuque.

En bref

Certains scientifiques modèrent l’affirmation que selon laquelle les interventions thérapeutiques en forêt présentent des bénéfices scientifiquement fondés. Selon eux, les études présentent trop peu de participants pour permettre une conclusion solide. La méthodologie est souvent trop fragile. Les critères de jugement trop peu pertinents ou trop variables (activité des cellules NK et immunité, taux de cortisol sanguin et stress psychologique). Cependant, intégrer la sylvothérapie au mode de vie permet à minima de se relaxer et d’augmenter notre niveau d’activité physique. Ainsi, nous pensons au même titre que les auteurs des principales revues de la littérature scientifique sur ce sujet, que les décideurs et les professionnels de santé pourraient recommander la thérapie forestière à leurs patients et au public.

Pour en savoir plus sur le sujet :

https://environhealthprevmed.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12199-017-0677-9
https://environhealthprevmed.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12199-019-0822-8
http://www.toxicolres.org/main.html

https://edzardernst.com/2017/09/forest-bathing-an-alternative-therapy-you-probably-never-heard-of/ https://sante.lefigaro.fr/article/faire-des-calins-aux-arbres-une-nouvelle-escroquerie-medicale-/

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